Les fumeuses perdent en moyenne 10 ans d’espérance de vie.

Si les méfaits du tabac sont largement documentés chez l’homme, l’incidence de la cigarette sur le long terme et les éventuels bénéfices d’un arrêt prolongé à différents moments de la vie sont moins bien connus chez la femme. Le tabagisme s’étant développé beaucoup plus tardivement chez ces dernières, c’est seulement en ce début du 21èmesiècle qu’il est devenu possible d’en mesurer toutes les conséquences. C’était l’un des objectifs principaux d’une grande étude de cohorte de femmes britanniques constituée entre 1996 et 2001 et suivie jusqu’en 2011. Après avoir exclu environ 100 000 femmes qui, lors du recrutement, souffraient de diverses affections telles que des cancers, une histoire d’infarctus du myocarde ou d’AVC, le suivi a porté sur 1 180 652 participantes âgées de 50 à 69 ans lors de leur recrutement. En début d’étude, 20% des femmes fumaient, 28% étaient d’anciennes fumeuses et 52% n’avaient jamais fumé. Après 3 et 8 années de suivi, respectivement 23% et 44% des fumeuses avaient arrêté la cigarette. Comparées aux femmes qui n’avaient jamais fumé, le risque global de mortalité chez les fumeuses au cours des 12 années d’observation augmentait de façon linéaire à partir de quelques cigarettes par jour. Il était multiplié par 2 pour moins de 10 cigarettes par jour et par 4 à partir de 20 cigarettes quotidiennes. Le risque était d’autant plus élevé que cette habitude avait commencé tôt au cours de l’adolescence. Sans surprise, les fumeuses étaient surtout touchées par les maladies pulmonaires chroniques et les cancers du poumon avec des risques de décès associés à ces pathologies multipliés respectivement par 35 et 21. Même après un arrêt complet vers 40 ans, le risque de mortalité par cancer du poumon 20 ou 30 ans plus tard était encore plus de 3 fois plus élevé que chez les non fumeuses au même âge. Un tel arrêt permettait toutefois de réduire d’environ 90% la surmortalité qui aurait été associée à la poursuite du tabagisme. Un arrêt du tabac vers 30 ans, même s’il ne permettait pas de supprimer totalement le sur-risque associé, diminuait de 97% l’excès de cancers du poumon. Ainsi, chez les femmes, la cigarette est responsable d’environ 2/3 des décès et le tabagisme chronique leur fait perdre au moins 10 années de vie. Toutefois, l’arrêt du tabac est toujours bénéfique, même après 50 ans.

Publié en Février 2013
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Pirie K et al. Lancet. 2013;381:133-141.