Les troubles cognitifs, fréquents chez les insuffisants cardiaques, sont trop souvent ignorés.

Environ 80% des insuffisants cardiaques ont plus de 65 ans, proportion qui ne cesse d’augmenter, en particulier chez les plus de 80 ans. Cette pathologie est l’une des principales causes d’hospitalisation. Selon diverses estimations, des troubles cognitifs seraient présents chez plus de 25% de ces patients. Toutefois, une enquête récente réalisée aux Etats-Unis auprès de malades hospitalisés montre que les cardiologues américains s’intéressent assez peu aux difficultés cognitives de leurs patients. Il s’agissait d’une étude prospective, conduite dans 2 établissements hospitaliers, et dont l’objectif était d’évaluer la prévalence des comorbidités des insuffisants cardiaques autonomes de plus de 65 ans. Dans le cadre de ce projet, en plus du bilan cardiovasculaire, les participants ont également bénéficié d’une évaluation cognitive à l’aide du test MMSE. Lors de leur sortie de l’hôpital, le dossier médical de chaque malade a été examiné par 2 investigateurs indépendants afin de vérifier si d’éventuels troubles cognitifs avaient bien été notifiés par le médecin en charge du patient. Au total, 282 malades insuffisants cardiaques, âgés de 80 ans en moyenne, ont accepté de participer à cette étude. Les comorbidités les plus fréquentes étaient l’hypertension artérielle, le diabète ou une maladie coronarienne pour respectivement 79%, 64% et 60% des patients. Des troubles cognitifs étaient présents chez 47% des participants, dont 25% de troubles cognitifs légers (MCI) et 22% de troubles cognitifs modérés à sévères. Parmi les 132 sujets qui avaient des troubles cognitifs, seuls les dossiers médicaux de 23% d’entre eux comportaient cette mention lors de leur sortie, soit 11% pour les patients avec un MCI et 39% pour ceux qui avaient des troubles modérés à sévères. Chez ces derniers, comparés à ceux qui n’avaient pas de problème cognitif, le risque de réadmission ou de décès à 6 mois était significativement augmenté de 60%. Cependant, ce sur-risque n’existait plus lorsque les éventuelles difficultés cognitives avaient été documentées. Ce travail confirme que les troubles cognitifs sont fréquents chez les insuffisants cardiaques âgés mais que, même en cas d’une atteinte modérée à sévère, moins de la moitié des dossiers hospitaliers en font mention. Une meilleure reconnaissance des troubles cognitifs chez les insuffisants cardiaques âgés permettrait très certainement d’améliorer leur prise en charge mais aussi leur pronostic vital.

Publié en Mars 2013
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Dodson JA et al. Am J Med. 2013;126:120-126.