Sarcopénie et troubles cognitifs.

Des travaux récents ont suggéré un lien entre des modifications de poids corporel et les troubles cognitifs dans la maladie d’Alzheimer à un stade précoce.Les données issues de la cohorte prospective française multicentrique EPIDOS, dont le but initial était d’étudier les facteurs de risque de fracture de hanche chez des femmes de 75 ans ou plus, ont permis d’analyser la relation entre les variations de leur masse musculaire et l’évolution de leurs performances cognitives. Au total, 3 055 femmes ont été incluses dans 2 centres EPIDOS, avec une mesure spécifique de la masse maigre des participantes ainsi que de leurs caractéristiques fonctionnelles. La masse maigre a été déterminée par examens aux rayons X et absorptiométrie selon des standards validés dans la littérature. Les troubles cognitifs ont été évalués à l’aide de l’échelleShort Portable Mental Status Questionnaire (SPMSQ). Le seuil retenu pour définir des troubles cognitifs était de 8. Un test de marche sur 6 mètres a également été effectué, ainsi qu’une mesure de la force de préhension manuelle par un dynamomètre. Quarante et un pour cent des sujets avaient plus de 80 ans et la prévalence de la sarcopénie variait selon les définitions entre 3,3% et 18,8%. Au sein de la cohorte, 16,3% avaient des troubles cognitifs. Après différents ajustements, la sarcopénie n’était pas associée de façon significative aux troubles cognitifs, quelle que soit la définition de la sarcopénie considérée. En revanche, un lien a été établi entre une faible force de préhension manuelle, ainsi que des difficultés à la marche, et des troubles cognitifs. Il s’agit de la première étude qui ait tenté d’établir un lien entre sarcopénie et troubles cognitifs, avec ici un résultat négatif. Ces résultats corroborent ceux d’une récente étude chinoise. Il est fait état par les auteurs de l’hypothèse selon laquelle seules les performances physiques en lien avec une sarcopénie seraient liées aux troubles cognitifs. Cette étude suggère que la sarcopénie ne serait pas un facteur de risque de survenue de démence. Les résultats négatifs de cette étude pourraient toutefois résulter des critères définissant la sarcopénie. Il est à noter que seules des femmes en relative bonne santé ont été étudiées et que l’usage de l’échelle SPMSQ dans cette cohorte pourrait ne pas être bien adapté pour attester les troubles cognitifs. Si cette étude suggère qu’une sarcopénie sévère pourrait tout de même être liée à l’existence de troubles cognitifs, d’autres travaux seront nécessaires pour étayer l’hypothèse forte qui suggére un lien entre sarcopénie et altération des fonctions cognitives.

Publié en Mai 2013
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Abella van Kan G et al. Age Ageing 2013;42:196-200.