Une fonction respiratoire diminuée en milieu de vie est annonciatrice de problèmes cognitifs 20 ans plus tard.

Une corrélation entre des capacités cognitives altérées et une fonction pulmonaire diminuée a déjà été observée au cours de diverses études. Les patients qui souffrent de démence ont ainsi une fonction pulmonaire souvent amoindrie. La relation temporelle entre les paramètres respiratoires et l’évolution des capacités cognitives a pu être analysée sur plus de 2 décennies, à l’occasion du suivi d’une cohorte islandaise d’hommes et de femmes nés entre 1907 et 1935, constituée en 1967 et dont le but principal était d’analyser la survenue d’événements cardiovasculaires. Les 3 665 participants ont bénéficié d’examens de santé répétés, incluant des tests de spirométrie standardisés, avec une première mesure à l’âge de 52 ans, soit 23 ans avant l’évaluation cognitive réalisée en moyenne à 76 ans. La batterie de tests neuropsychologiques utilisée avait permis d’évaluer la mémoire, les fonctions exécutives et la vitesse de traitement de l’information. La prévalence de la démence était de 5,6% chez ceux qui avaient la plus faible capacité pulmonaire alors qu’elle n’était que de 1,9% chez ceux qui n’avaient aucune difficulté respiratoire. Pour la prévalence du MCI (Mild Cognitive Impairment), ces chiffres étaient de 10,5% et 4,8% respectivement. Chez les 3 249 sujets qui ne présentaient pas de signe de démence, les performances cognitives étaient d’autant meilleures que la capacité pulmonaire, évaluée par le volume expiré en 1 seconde divisé par la taille au carré, était élevée. Les personnes qui avaient une faible capacité respiratoire en milieu de vie avaient de moins bonnes performances cognitives et un risque plus élevé de MCI ou de démence plus de 20 ans après. En se basant sur des travaux antérieurs, c’est un déficit d’oxygénation du cerveau qui est le mécanisme physiopathologique le plus généralement proposé pour expliquer cette association.

Publié en Mars 2013
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Vidal J-S et al. J Am Geriatr Soc. 2013;61:79-83.