Une prise régulière d’aspirine réduirait d’un tiers le risque de mélanome.

En France, les mélanomes constituent la 6èmecause de cancers chez la femme, avec plus de 5 000 nouveaux cas chaque année, et le 8èmecancer chez l’homme, avec plus de 4 700 nouveaux cas. L’incidence est en augmentation régulière et touche tout particulièrement les populations à peau claire des pays nordiques. Une amélioration de la prévention s’avère donc nécessaire. De nombreux travaux ont déjà été consacrés aux effets protecteurs des anti-inflammatoires non stéroïdiens dans la prévention de divers cancers et de leur processus d’extension. Les observations effectuées sur les participantes de la cohorte Women’s Health Initiative Observational Study viennent de confirmer les effets protecteurs de l’aspirine. Les 59 806 participantes, toutes d’origine caucasienne, vivaient dans des régions des Etats Unis diversement ensoleillées. Elles étaient âgées de 50 à 79 ans lors de leur recrutement et ont été suivies sur une durée médiane de 12 années, au cours desquelles 548 cas confirmés de mélanomes, dont 255 mélanomes invasifs, ont été diagnostiqués. Leurs habitudes d’exposition au soleil au cours de leur vie ainsi que leur réaction cutanée lors des premières journées estivales avaient été renseignées. Au départ, 25% des participantes déclaraient prendre de l’aspirine au moins 2 fois par semaine, dont un quart une posologie ≤ 80 mg/j. Lors de la seconde visite 3 ans plus tard, 59% des consommatrices d’aspirine continuaient à en prendre de façon régulière. Comparées aux femmes qui ne prenaient pas d’aspirine et après prise en compte des principaux facteurs de risque dont le type de peau et l’exposition au soleil, celles qui en consommaient régulièrement avaient un risque de mélanome diminué de 21%. Cet effet protecteur augmentait en fonction de la durée de la prise d’aspirine avec une réduction de 30% du risque au-delà de 5 ans. En revanche, aucun effet bénéfique n’était observé chez les personnes qui prenaient d’autres anti-inflammatoires non stéroïdiens. Ces résultats sont en accord avec les observations concernant d’autres types de cancer dont en particulier le cancer colorectal pour lequel un bénéfice de l’aspirine a été mis en évidence après au moins 10 années de prise régulière. Bien qu’il s’agisse d’une étude observationnelle basée sur des données essentiellement auto-déclaratives, ces résultats apportent de nouveaux éléments en faveur d’un effet protecteur de l’aspirine contre le développement de diverses formes de cancer.

Publié en Avril 2013
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Gamba CA et al. Cancer. 2013;119:1562-1569.